Apprentissages et confort sensoriel

 

 

 

 

Un petit point sur une adaptation à l'hyposensibilité sensorielle.

Avec pas mal d'enfants du cabinet, lorsqu'on travaille, j'ai une caisse sensorielle à portée. Parfois cela étonne, des fois cela vexe un peu les parents, qui m'expliquent qu'il est « grand » maintenant pour jouer avec du sensoriel, avec une sorte de croyance que si on en fait encore c'est qu'on n'est pas tout à fait dans le cognitif.

Et c'est la que je dégaine ma super explication sur le confort sensoriel. Déjà soyons clair, le mot « confort » n'est pas de moi et il est complètement nase dans cette situation (pardon celui/celle qui l'a proposé). Le confort donne une impression de « + » assez facultatif. Genre je te rajoute un coussin dans ton hamac.

 

Dans le cas des besoins sensoriels on est plutôt sur « je te rajoute des arbres » pour ton hamac.

Les enfants concernés sont des enfants qui ont passé un bilan sensoriel qui a révélé un fonctionnement atypique. Sur ce bilan on trouve : ceux qui fonctionnent de manière typique, les hypersensibles, les hyposensibles. On parlera des hypersensibles une autre fois si vous voulez, mais c'est ceux qu'on protège un maximum des sensations concernées (bouchons, vêtements amples...).

Et puis on a les hypersensibles, grands oubliés de l'atypicité sensorielle. Eux ils se font totalement arnaquer. On n'a pas trop de culpabilité envers eux parce qu'on ne les mets pas en souffrance par nos stimulations, on a moins d'empathie parce qu'on ne les voit pas plisser les yeux de douleur quand quelqu'un se met a rire ou claque une porte. Eux ce sont les gros relous qui au lieu de se concentrer sur leur travail font des trucs pénibles comme se frotter les bras en boucle, regarder vers les lumières, renifler les objets... Ceux à qui on demande d'arrêter un peu parce que c'est pas le moment.

La preuve qu'ils sont moins considérés, même mon correcteur orthographique connait l'hypersensorialité, mais les hyposensibles, que dalle, il souligne en rouge.

 

Sauf qu'en fait être hyposensible c'est aussi très difficile. Les sensations ne sont pas un cadeau bonus, elles sont un besoin, ce qui fait que nous allons en rechercher. Les hypo-sensibles ont besoin de plus de stimulations que la moyenne pour arriver au stade où leur cerveau leur dit « c'est bon John, on a notre dose pour le moment ».

Du coup, quand, malins que l'on est, on leur demande d'arrêter pendant leur temps de travail, comment dire... imaginez devoir reflechir a un problème hyyyper compliqué, en étant recouverts de piqures de moustique, avec quelqu'un qui vous dit « non mais là tu ne te grattes pas, ce n'est pas le moment ». Vous allez peut être y arriver, mais une partie de vos ressources cognitives vont être attribuées au fait de vous retenir. Ou vous allez envoyer bouler les gens et vous gratter. Ou vous allez y penser tellement fort que vous allez foirer votre problème.

 

Voila voilà. Pour eux c'est pareil.

Et du coup on fait quoi ? Ben on voit ça comme ce que c'est : un besoin, donc on y répond. Déjà on évalue s'il y a bien une hyposensibilité, et sur quel mode sensoriel. On se fait une caisse adaptée aux résultats et aux intérêts de l'enfant. Et AVANT un travail qui va demander de la concentration, on amène l'enfant à satiété sensorielle. Il est hyposensible au niveau visuel ? On stimule +++ pour qu'il ne ressente pas le besoin de le faire durant le temps suivant. Un peu comme on donnerait un verre d'eau à un enfant qui a soif avant qu'il commence son activité. Attention, ça ne va pas durer toute une demi journée hein, il va falloir le refaire à intervalles réguliers (à évaluer, parce que cela dépend des personnes).

Bref dans ces quelques lignes j'espère que vous me rejoindrez sur l'impact du sensoriel (y compris dans le mode hypo!) sur les apprentissages. Et surtout que le sensoriel n'est pas le parent pauvre du cognitif, à laisser tomber lorsque on estime que l'enfant est « assez grand » et que les deux peuvent cohabiter.Et que d'ailleurs, ça concerne aussi les adultes (et là tout le monde jette un petit coup d’œil à son fonctionnement sensoriel !)

Il va de soi que ce n'est pas là seule adaptation nécessaire, mais c'est déjà un bon point d'appui !

 

 


Voilou j'espère que cet article vous aura inspiré ! Et comme toujours, si vous ne voulez rien rater du blog  rejoignez nous sur la page facebook du blog, ou inscrivez vous à la newsletter !

Écrire commentaire

Commentaires: 3
  • #1

    Charlotte - Enfance Joyeuse (mercredi, 19 juin 2019 12:46)

    Je rejoins complètement l'idée de cet article : l'impact et l'importance du sensoriel est majeur pour les petits... Et les grands !

  • #2

    Jeanne (jeudi, 20 juin 2019 19:04)

    Merci pour cet article. Je rencontre souvent le problème d'utiliser la stimulation sensorielle comme un renforcateur par les équipes éducatives... au point que beaucoup tentent de me démontrer que le trampoline avant la classe rend un enfant hyposensible (vestibulaire et proprioceptif) totalement "incontrôlable" ! Avez vous des articles à me transmettre afin de convaincre les équipes du bien-fondé de cette approche ? Merci

  • #3

    maman est psychomot (lundi, 24 juin 2019 14:47)

    Bonjour,
    Des écrits en français j'en connais peu, qui ne soient pas orientés autisme (où alors c'est moi qui lit surtout sur l'autisme ;p)

    https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01562085/document

    On trouve des choses de vulgarisation du type :
    https://www.esantementale.ca/Yukon/Les-troubles-du-traitement-sensoriel-chez-les-enfants-et-les-adolescents/index.php?m=article&ID=8890

    Après tu trouves quand même des choses si tu cherches à "trouble de l'intégration neuro sensorielle":)