Le jour où j'ai arrêté de fumer

 

 

De base je devais mettre un dragon qui crachait du feu en illustration, mais je l'ai trouvé trop mignon même s'il n'a rien à voir avec l'article du coup.

 

Pardon.

Parait que novembre est le mois sans tabac ! Du coup en tant qu'ancienne fumeuse je vous raconte un peu ma vie ;)


Il y a 8 ans en arrière j'étais fumeuse. Pas le fumeur-du-dimanche, ou le  fumeur-apéro, non, la fumeuse de compet, le volcan en activité ascendant dragon irritable. 

Moi je pouvais fumer tout le temps. Exit les "quand je bois du café ça me donne envie de fumer", ça me donne juste "encore" plus envie parce que j'avais envie tout le temps de toute façon. Je fais partie de celles qui, quand elle prenait le train, descendait en premier à toutes les stations pour pouvoir aspirer désespérément quelques bouffées de nicotine avant de remonter avec les derniers voyageurs. Même agonisante sur mon lit, tabassée par des microbes, tant qu'un bras bougeait je pouvais fumer. Si je devais choisir entre une clope ou un petit déjeuner la question ne se posait même pas. Les pauses clopes faisaient partie intégrante de mon emploi du temps journalier, et l'idée même d'être à court de cigarette pouvait déclencher une crise de panique (et une recherche google de où en trouver à temps. J'étais au top de toutes les manies de fumeurs : Mettre une clope à l'envers et faire un vœu : je l'ai fait. Faire des ronds de fumée ? Pfff je pouvais faire un rond dans un rond. Faire des bulles de savons avec de la fumée dedans : check.

Bref, j'étais dépendante.

Alors petit message pour les non fumeurs qui, voulant généralement aider, "faire réagir", "créer le déclic" : On est pas complètement cons. Dépendance et stupidité n'ont rien à voir. Ce n'était surement pas malin de commencer la première fois, mais ce n'est pas parce qu'on est crétin qu'on continue. 

Je publierai un article suite à celui ci sur les théories de changement de comportement, mais sachez une chose qui a été plus qu'observée et prouvée : La dépendance inhibe les pensées rationnelles. Il faut imaginer la dépendance comme un petit gobelin, moche, suintant, teigneux et qui sent pas bon. 

Etre fumeur c'est souvent beaucoup d'angoisses. On a pas besoin des autres pour nous le dire. On fait de vrais moments d'angoisse sur le fait qu'on va surement mourir dans des conditions plutôt crades. Des fois on se dit même qu'on aimerait arrêter. Mais généralement, à ce moment là, quand on essaie d'avoir une pensée rationnelle sur le quand, ou le comment, le vilain gobelin vient mettre un coup sur le museau de notre rationalité en lui disant "toi tu te tais et tu retournes te coucher au fond de ton cerveau". 

Du coup tu peux fumer une clope qui va réduire ton niveau de stress (en fait uniquement du au manque) pendant que le mac des gobelins te dit d'un air crado : "on est quand même bien là, détendus, tous les deux.

Donc ça sert à rien de nous dire qu'on va mourir, on le sait. Et on a des techniques pour ne surtout pas réfléchir à la question.

Revenons à moi et au fait que j'ai donc arrêté. J'étais aussi miss arrêt, mais à très court terme.

  • J'ai tenté plusieurs fois d'arrêter toute seule. Généralement 15 à 20 minutes. Il a avait toujours "juste une dernière avant d'arrêter". "non mais plutôt samedi parce que finalement là ce n'est pas le moment". "je vais pas arrêter alors qu'il me reste des clopes ce serait gâcher". "je vais pas ne pas me racheter de clopes, imagine que je fasse une crise de manque ?". Gobelin powa !
  • J'ai tenté avec des patchs, avec un pharmacien qui m'a dit en gros : si tu fumes avec tu vas mourir. T'inquiète Huguette, à chaque pause je retirais proprement mon patch pour fumer ma clope avant de le remettre. (logique de gobelin). Et vu que la colle me faisait une petite marque rouge, j'ai préféré arrêté pour ne pas me transformer en coccinelle inversée (le fait que mes poumons deviennent noirs ça ça gênait moins, c'est hyper chic le noir).
  • J'ai tenté l’ancêtre du vapotage. Un espèce de système à l'allure de tampax où tu fumais juste ta nicotine. Je ne sais pas trop comment c'était censé fonctionner parce que tu avais le geste et le produit mais bon. Pendant les vacances j'ai bien réduit, et à la première pause au boulot où j'ai sorti mon tampon hygiénique rigide pour fumer dedans et où tout le monde a rigolé, je l'ai jeté et j'ai repris des clopes. Quitte à s'intoxiquer autant le faire dans le respect de soi même.
  • J'ai tenté l'hypnose. Ca s'est tellement mal passé avec le mec que ça mériterait un post entier. Retenons que durant toute la séance, pendant qu'il me disait que mon envie disparaissait moi je me demandais quand ça allait finir pour que j'aille fumer. Et plus il insistait et plus j'avais envie.

C'était pas trop gagné quoi

Sauf que je viens d'une famille de non fumeur, avec un conjoint non fumeur qui est passé par la case cancer sans toucher 20 000 francs ni fumer une seule clope. Alors c'était pas très bien vu à la maison. Un jour ma mère a eu une nouvelle lubie : que je vois un tabacologue. J'avais déjà appelé celui de tabac info service qui ne n'avait servi à rien alors je n'étais pas ultra chaude. Ma mère pouvant être hyper lourde j'ai fini par prendre rendez vous, juste pour qu'elle se taise. 

Premier rendez vous : Elle travaille à l’hôpital et les bureaux sont... dans le service pneumologie. Je ne sais pas s'ils les ont mis là pour nous montrer notre futur ou par logique de thème, mais ça fait pas envie. Malgré cela devant la porte il y a plein de gens qui fument, y compris des gens qui ne sont clairement plus là pour arrêter. Bien joué les mecs, mais Wonder Gobelin est comme les scouts, toujours prêt, alors on fume une dernière clope et on voit après hein ?

Une dame, médecin, très gentille me reçoit. Alors vous venez arrêter de fumer.

Ah non, j'crois pas non. Clairement pas. 

Là j'ai un gobelin prêt à sortir de ma tête pour l'étrangler avec la première perf de passage.

*Levage de sourcils*

- D'accord, vous venez pourquoi ?

Autant être honnête pour gagner du temps : Pour faire taire ma mère. Je ne me sens pas au top de l'indépendance intellectuelle là, mais franchement je ne suis plus à ça prêt, et je ne compte pas la revoir.

- Ok. On peut peut être envisager une réduction sous patch alors ?

- Je vais pouvoir fumer ?

- Oui

- Chaque fois que je veux ?

- Oui

- Moui, ok alors. (même si on est d'accord ça pue l'arnaque).

Là la dame m'explique qu'elle va me faire souffler dans un machin, estimer le nombre de cigarettes dont j'ai besoin par jour puis me mettre des patchs à ne pas retirer. Une grosse dose, un peu plus que mon besoin. Et moi je fume tout ce que j'ai envie avec ces patchs.

Je la renvoie au pharmacien-prophète qui m'annonçait ma mort certaine si je fumais avec mon patch.

Réponse : Si on met un patch équivalent à 20 cigarettes et qu'on fume 10 cigarettes de plus, c'est comme si on avait fumé 30 cigarettes. On n'en meurt pas, on a mal à la tête, on a envie de vomir mais on n'en meurt pas.

Pas tout de suite en tout cas.

En avant Guigamp, on pourra pas dire que je n'ai pas essayé, je mets son patch et prend rendez vous 10 jours plus tard histoire de lui dire merci, j'ai essayé ça n'a pas marché c'est dommage au revoir.

Quelques jours à 10 cigarettes, puis à 5. Finalement les 3 derniers jours avant le rendez vous je ne fume pas, pas envie.

- Vous avez donc arrêté de fumer depuis trois jours ?

- Houlala non, pas du tout. Mais alors absolument pas. Que dalle. Jamais. J'ai juste pas eu envie pendant 3 jours, mais dès que j'ai re-envie je re-fume, on est clair ?

Bon elle est mignonne, elle a compris, elle a continué à me surdoser un moment. Puis quand au bout de 2 mois elle à commencé à diminuer la force des patchs, elle m'a mis des gommes à la nicotine, que je n'ai jamais utilisé. La première fois où j'ai eu envie de fumer ça faisait déjà 3 mois. Rien de bien horrible et sans le manque le gobelin est moins virulent, on voit bien que ce serait dommage de refumer à ce moment là.

J'ai mis au moins 6 mois à ne plus avoir de cigarettes chez moi au cas où, tellement j'avais peur du manque. Et 6 de plus à supprimer toutes mes auto-cachettes dans la voiture et au boulot, de peur qu'une nuit je me transforme en Nicotine-Garou, sorte de monstre qui implose en aspirant l'univers autour de lui dans un grand élan destructeur.

Ce n'est jamais arrivé.

Et voilà, 6 ans 1/2 plus tard je ne fume toujours plus. Peut être aussi parce que je suis totalement consciente qu'à la première cigarette Gobelinator va se ramener avec ses valises et squatter comme un pote qui vient pour 15 jours mais qui est toujours là 3 mois plus tard (mais il a un plan pour le mois prochain, un ami d'un ami du chauffeur de bus qui va lui filer du boulot).

Bref (haha, pas bref du tout comme article) tout ça pour dire que si tu fumes, si tu penses que tu ne pourras jamais arrêter, si tu es un serial stopper qui loose à chaque fois, tout n'est pas tout perdu. Si moi j'ai pu m'arrêter, tout le monde peut y arriver !


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