Le premier rendez-vous

 

 

 

 

 

Quelques lignes griffonnées pour tous les parents que je reçois la première fois. J'espère qu'elles vous parleront et que je ne froisserais personne, je n'ai pas eu le temps de demander un avis extérieur :

Ils sont là, ils me fixent comme s'ils pouvaient trouver des réponses dans la moindre de mes réactions. Ils sont là et ils sont à la recherche d'un nom, ou avec un nouveau nom qu'on vient de leur donner alors qu'ils le pressentaient depuis longtemps. Ils me disent souvent qu'ils ont déjà fait un long chemin, ils n'auraient pas du avoir à le faire. Moi je sais que leur chemin va être encore plus long par la suite.

 

Ils sont là parce qu'on leur a mis des mots dans les mains, des tas de mots, compliqués, inconnus, des acronymes, t.s.a., c.r.a, a.d.o.s. On les leur a expliqué, ils veulent tous les savoirs ils s'excusent de ne pas les avoir retenu. Je leur dis qu'ils ont le temps, je leur dis des mots simples, je leur dis qu'ils vont apprendre. Je ne leur dis pas qu'ils vont passer leurs nuits à les lire, à les rechercher, qu'ils les utiliseront comme s'ils les avaient toujours su, que cela deviendra naturel pour eux.

 

Ils sont là et on parle tests, bilans, évaluations. C'est moche comme mot évaluation. Eux ils ont un enfant, pas des domaines de compétences. Ils m'expliquent qu'il sait faire plein de choses, qu'il ne nous a pas tout montré. Moi je sais qu'il sait faire plein de choses. Moi je leur parle de protocole, que ce n'est pas lui mais notre accompagnement qui va être évalué. Ils me racontent les moments de câlins, les petites victoires, les choses qu'on ne devinerait jamais. C'est cette vision de leur enfant qu'ils devront préservés, pendant qu'on dégainera nos chiffres et nos pourcentages.

 

Ils sont là et ils tripotent leurs mains, ils cachent leurs mains, ils montrent leurs mains, ils agitent leurs mains pour mieux me convaincre. Il se passe toujours plein de choses avec les mains. Parfois ils se tiennent la main. J'ai envie de leur dire de ne jamais la lâcher, qu'il y aura sûrement des disputes, de la fatigue, de l’énervement. Qu'ils vont être mal tous les deux au même moment. Qu'ils en sortiront peut être plus forts mais qu'ils n'y résisteront aussi peut être pas. Que les cris, les soupirs et les portes qui claquent cela ne vient pas d'eux, mais de la situation. Je ne leur dis pas. Je leur dis juste de s'appuyer l'un sur l'autre, sur celui qui a le plus de ressource sur le moment. De s'appuyer sur l'extérieur.

 

Ils sont là et ils veulent connaître le parcours. Je leur parle du début. La suite viendra bien assez tôt. La suite on ne la connaît pas. Je leur dis de bien s'entourer, de gens avec qui le courant passe, de gens en qui ils ont confiance. De ne jamais se forcer à rester. Qu'ils peuvent partir, n'importe quand. Qu'ils peuvent rester. La route sera bien assez longue, il faut choisir avec qui on la fait.

 

Ils sont là et ils veulent des réponses sur leur futur. J'ai envie de leur dire que leur vie sera différente, que des gens vont partir, que les invitations seront moins fréquentes. J'ai envie de leur dire la solitude dont me parle les autres parents. Je ne leur dis rien, parce que parfois, rarement mais parfois, les gens ont la chance d'être entourés par des personnes formidables.

 

Ils sont là et ils veulent des réponses sur son futur. Je n'ai pas de réponse. Personne n'a de réponse à cette question. Je leur dis de ne laisser personne donner une réponse à cette question. Je les connais ces réponses, elles expliquent généralement jusqu'où l'enfant « pourra aller ». Personne n'a a poser des barrières à un enfant avant même qu'il ai essayé. Ils ont tous le droit que l'on croit à leur potentiel. Ils ont tous le droit qu'on les aide à essayer. Alors je leur parle du présent. De là où on est. Et du premier pas que l'on pourra faire ensemble.


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